BILAN DE LA RENCONTRE MULTIDISCIPLINAIRE A BANDIAGARA
Cette année, c'est la deuxième fois que je partais rencontrer les lycéens et les professeurs de Bandiagara. Une deuxième chance aussi de revoir mes amis maliens et de découvrir un peu plus ce
magnifique pays. Cependant, les différences avec le premier séjour étaient nombreuses.
Tout d'abord, l'équipe est passée de 6 élèves, 2 professeurs et 1 intervenant à 10 élèves, 4 professeurs, 1 intervenant et 1 toubabine. Une équipe plus grande, plus diversifiée et peut-être plus
motivée. En tout cas, des personnes très enrichissantes, chacune dans son domaine, qui m'ont soutenue et beaucoup apportée en conseils, en amitié, en culture... C'est ce beau groupe français qui
a permis la réussite des projets.
D'ailleurs, parlons-en, cette année, ce n'est pas qu'un projet cinématographique et une connexion Internet qui devaient être mis en place, mais un ensemble de 10 projets ! Tous étaient très intéressants et je regrette un peu de n'avoir pas pu participer plus activement à chacun d'entre eux.
J'ai cependant fait partie de l'atelier cinéma franco-malien qui a très bien fonctionné avec une équipe malienne des plus enthousiastes à l'idée de faire du cinéma et de comprendre comment leurs séries TV, leurs films de karatés et autres feuilletons étaient créés.
Nous avons donc commencé par parler cinéma en regardant et discutant des films que Christophe DUPIN avait amené : des films d'atelier ou des documentaires africains. Il y avait notament « Partout, par là », le film que j'ai déjà réalisé en France sur ce projet de « Mémoires des Anciens », et qui était projeté devant les maliens pour la toute première fois depuis sa création. Nous l'avons d'ailleurs visionné et commenté en détails, ce qui m'a permis de justifier mes choix cinématographiques, un bon exercice pour me préparer aux questions de l'examinateur le jour de l'épreuve au BAC, sauf qu'à ce moment là, ils étaient 14 à m'interroger...
Ce travail d'approche du cinéma nous a permis aussi d'apprendre à nous connaître, de se parler de nos différentes cultures et habitudes, une chose que j'ai faite plus librement que la première
fois, car j'avais moins peur de poser des questions gênantes, connaissant un peu mieux la culture malienne et les maliens.
J'avais même envie que mes questions fassent se percuter ces différents points de vue sur la femme, la polygamie, la religion, les parents face à la sexualité de leurs ados, les vieux (au Mali,
ce terme n'est pas péjoratif comme en France, au contraire), la famille en général et le mariage (des thèmes que nous allions aborder dans nos films), toutes ces questions qu'on se pose en se
demandant : « Mais comment ça se passe là-bas ? »...Et pour mon plus grand plaisir, ils ont non seulement répondu à nombreuses de mes questions sur leur vie et leurs traditions, mais
ils m'ont questionné sur ces mêmes sujets avec un grand intérêt et sans aucun tabou... Je remercie d'ailleurs Issa, Hawa, Haoussatou et Agaïcha pour ces belles discussions.
C'est avec ces quatre personnes que je ferais équipe pour la réalisation du film sur El Hadj Aboubacar Tembély, ancien menuisier, polyglotte (bambara, dogon, peulh, sonraï, français...), mari de deux femmes et père de 17 enfants. Une personne très intéressante que j'ai pris du plaisir à rencontrer et à filmer, bien que la barrière de la langue (sa maîtrise du français n'était pas suffisante pour toute l'interview) ait été un handicap pour moi.
J'ai donc eu le plaisir de faire partager ma maigre expérience de cinéaste (enfin quand même 3 ans avec M. DUPIN, ce n'est pas rien !) au cours de l'écriture, du tournage et un petit peu au montage même si ce fut plus chaotique. Je pense avoir plutôt réussi à transmettre l'envie et la technique au vu des initiatives qu'ils commençaient à prendre à chaque étape un peu plus et aux projets de films de l'atelier cinéma qu'ils ont promis de m'envoyer bientôt !
Une expérience très enrichissante pour moi qui ai commencé à
toucher au cinéma semi-professionel à Bandiagara en 2008 et qui depuis, continue à réaliser des films tournant toujours plus ou moins autour de cet échange.
J'ai aussi participé pendant deux après-midi à la création du journal et à la formation Internet. Il faut savoir que seuls 5 ordinateurs étaient disponibles pour ces deux activités, et donc, que
l'une et l'autre étaient souvent liées. Je n'ai pu écrire qu'un article sur le travail de l'atelier cinéma franco-malien à Bandiagara et reprendre l'idée d'un roman-photos que nous avions eu pour
« Le lycéen déchainé », le journal du lycée Jean Monnet. Malheuresement, nous n'avons pas eu le temps et peut-être que l'inspiration manquait aussi pour ce dernier projet. Il n'est
cependant pas abandonné et « Les toubabs au Mali » sortira peut-être en BD.
J'ai aussi contribué à relire et corriger certains articles et j'ai bien sur participé à la séance photos « grimaces » avec tous les gens du journal à la fin du stage, discipline dans laquelle je me suis plutôt bien défendue...
J'ai aimé participer à cet atelier car il nous a tous permis (français et maliens) de découvrir ou de redécouvrir Bandiagara, d'un oeil nouveau de journaliste reporter. Je n'ai malheuresement pas pu participer à leurs nombreuses excursions de découverte (centre de médecine traditionnelle, visite à la mairie, dans les rues pour contempler l'architecture...) mais les articles donnent envie d'en savoir plus ! Je trouve aussi incroyable qu'une petite équipe motivée ait réussi à créer le premier journal de l'histoire de Bandiagara, et je suis très fière d'avoir fait partie, pendant quelques heures grapillées par ci par là, de ce moment historique.
Ensuite, j'ai montré le travail des équipes des expériences filmées aux professeurs de sciences qui étaient très contents des vidéos réalisées mais qui avaient du mal à voir comment ils pourraient les utiliser avec des classes si nombreuses, des moyens techniques pas tout à fait au point et des heures de cours décomptées... Les deux professeurs de physique-chimie nous ont fait visité leurs deux salles de « TP », qui à mon avis, ne sont pas les plus utilisées de l'établissement et nous ont montré le matériel qui pourrait leur servir à faire des expériences, s'ils avaient de meilleures conditions.
Tout d'abord, le matériel de physique.
Puis, les deux professeurs de biologie nous ont rejoints, car là-bas, chimie et biologie sont « associées ». De plus, ils sont très intéressés par l'échange franco-malien et ces quatre professeurs très motivés aimeraient qu'ils y aient plus de projets scientifiques grâce à Bandia-Monnet. Petite annonce aux professeurs et préparateurs en sciences au lycée Jean Monnet !
L'ensemble des produits chimiques du lycée !! (pour SVT et chimie)
Les quatre professeurs de sciences du lycée
Nous avons ensuite discuté des programmes, des besoins et des projets éventuels... J'ai fait un compte rendu détaillé et donné de nombreuses photos à Pierre-Yves Manceau, professeur de
physique-chimie au lycée Jean Monnet et Directeur de la banque de vidéos d'expériences filmées !
Cette année, l'autre "nouveauté" est mon statut dans l'association. En effet, je suis présidente depuis le début de l'année, un rôle qui me tient à coeur et m'apporte beaucoup. Un titre qui a
peut-être une importance plus grande au Mali qu'en France... J'ai eu l'impression de pouvoir discuter plus sérieusement avec les professeurs et le personnel de l'administration qu'auparavant, que
mon avis avait plus d'importance. J'ai aussi appris à présenter notre projet le plus clairement possible et à répondre aux questions des élus locaux.
Enfin, cet engagement me rappelle aussi qu'il ne suffit pas d'avoir des responsabilités ou de prendre des décisions, mais qu'il faut les tenir et les assumer jusqu'au bout. Mais je ne retiendrais
de ce rôle de présidente au Mali, que des côtés positifs, surement parce que j'ai été épaulé, aidé, par une super équipe franco-malienne de professeurs et d'élèves.
Ah si ! J'oubliais ! Ce statut a aussi des avantages commerciaux, on ne peut rien refuser à une gentille présidente qui est dure en affaires !
Mais ce que je retiens de ce voyage n'est pas seulement pédagogique, c'est tellement plus.
Un départ, on a déjà chaud, des rires, du bus, une alerte, une bombe,
Camille ?, une guitare, Pierre, des spectateurs, on s'amuse, du froid, survol de Paris, lumières, enfin, le retour, ce pays, me reconnaîtront ils ?, ai-je changé?, tarmac, terre, valises
ocres, lampes frontales, petit déjeuner, endormis, découverte, premiers moustiques, premières
photos, malarone, une tablette de chocolat raisins/amande
offerte (ils s'en rappelleront : C'est vous mademoiselle qui nous avait offert ce chocolat la semaine dernière? Merci encore), c'est rare là-bas, mais tellement bon... Ca y est, c'est
l'heure du départ vers Bandiagara, j'ai l'impression de reconnaître la route, je retourne à un endroit que j'aime, je ne
dirais pas que j'ai l'impression de retourner chez moi en Afrique, ça
facherait ma maman parce que mon chez-moi, c'est en France, avec ma famille, dans cette réalité. Cette impatience, cette arrivée, la route de l'auberge, les ânes, le Yamé, tous ces souvenirs qui
remontent à la surface, je pense à vous en France, Karine, Victor, Maëva et Rizlène. Et
puis, l'envie de montrer, de redécouvrir, Rizlène, notre chambre a
changé, les odeurs sont les mêmes, le patron et les Djinos aussi, y'en a des nouveaux à l'ananas ! Ensuite, tout va très vite : le lycée, les visites proto-colères (petit clin d'oeil à quelqu'un
qui se reconnaîtra), les revoir, enfin, câlins, nouvelles, rencontres, comme si rien n'avait changé, ah si : "Tu as grossi Cécile !",
j'avais oublié cette sincérité, chaleureux et sincères. La semaine
s'écoule au fil des projets, des rencontres, des aventures, des achats, cheichs, pick-up, cacahuètes, souris, douche froide (Hein Mélanie?), lessive, chaleur, problèmes de connexion,
tensions, chansons, méditation, projections, bananes, Diago, ciel étoilé (je parle pas du semblant de ciel avec 12 étoiles qu'on voit en France quand il n'y a aucun nuage, aucune lumière et
qu'on a le temps de lever la tête, non, là, c'est un truc immense, une toile
qui recouvre tout et il
y a autant d'étoiles que de mots dans ce compte-rendu, beaucoup, beaucoup), motos, tongs, papayes, préparation de l'escapade matinale de CNNLive du dimanche, frites, super Aïcha,
des ballons, El Hadj, articles, thé, problèmes de Mélanie, photos, sans oublier Papa et Vié. Et puis le week end est arrivé, Sangha, j'y retourne, on peut descendre la falaise
cette fois, et je suis plus attentive aux explications, bien que
j'explique aussi ce qu'on m'a appris deux ans plus tôt, fatigue, chaleur, la remontée est dure, on me verse une demi-bouteille d'eau sur la tête, et mon tee-shirt blanc... Qui est
plutôt ocre d'ailleurs. On dit non aux vendeurs, aux enfants, et on craque finalement pour une petite tortue en bois, un collier ou une porte dogon... Et puis on partage, les fruits de baobab,
les boissons du midi, les mangues, des vues magnifiques, et des explications sur ce pays, sur leur pays qu'on découvre parfois autant qu'eux. Et cette
journée sera aussi marquée par toutes ces chansons, Cocorico Monsieur
Poulet, Elle descend de la montagne, Pour l'Afrique et pour toi Mali, Anglo Ma, Ouvrez les frontières, J'ai attrapé un coup d'soleil... Puis Mopti nous attend, on marchande, on marchande, on
marchande, qu'est ce que j'aime ça, j'me retiens en arrivant à la caisse en France,
"Roooh allez ! C'est trop cher ! Si j'te prends 6 yahourts, tu
m'offres une banane". Enfin, si j'ai la chance d'avoir une caissière à qui parler... Le commerce, entre ici et là-bas, on peut pas comparer... On voit Mounirou et la pinasse sur laquelle on
passera trois jours et à table, le capitaine (poisson) est le bienvenue ! Retour à Bandiagara. Reprise
des activités. Début du montage, de la galère pour moi, la traduction
est compliquée et le temps manque. Je prends quand même le temps de rencontrer la famille d'Abdoulaye, une rencontre que j'ai aimé, des gens formidables, quelque chose de fort. On a pu goûter le
thô (purée de Mil) traditionnel grâce à eux. Un moment unique a aussi été le baptème de
la fille de
Mahamadou Daou ! Ils nous ont accepté comme si on était de
la famille et nous avons partagé un moment très important pour eux. La fin et les au-revoirs arrivent déjà. Cette soirée d'Adieu, cette poisse technique, ce spectacle, ces
remerciements, ces danses, Le Village (la discothèque locale), cette viande, cet échange de vêtements avec
l'ambianceuse, ces cadeaux...et ces adieux, dernières photos,
derniers câlins, les larmes ruissellent sur les visages sur les visages des français autant que sur ceux des maliens. On se dit Au revoir ! A bientôt ! et on part finir sa valise et dormir le
coeur lourd. C'est déjà fini, on a rien vu passé, c'était trop bien pour être vrai. Départ pour le Niger, ils
sont venus pour le dernier matin, on savoure leur présence, ce dernier
petit-déjeuner dans ce cadre exceptionnel, avec la confiture de mangue, de goyave et de papaye et le pain de l'ami de Jean-Louis, Dédé Bourou. Le taxi de Papa surmonte tous les obstacles,
franchit les rivières et nous éloigne peu à peu de nos amis. Ces trois jours de pinasse, ça a été des
paysages magnifiques, de l'eau, des pieds, des siestes, des baignades, des rires, de la
nostalgie, des courses sur les dunes, des hippopotames, des feux de camps, des histoires de Mounirou, du poisson, du soleil, des chansons, de la pêche, un cours particulier avec Christophe
mémorable : "Tu vois Cécile, la pêche, c'est comme le Taïchi, tu es sous l'eau, tu vois le poisson, tu sens le fil, tu le sens tirer sur le fil le poisson ?", des rires, un gros plouf, dommage
pour les photos dossiers truqués, de la soupe, du Kiriiiii, des villages, des "Toubabs Bidons !", des lavages de cheveux
par dessus-bord, de dents aussi, Léa, des lettres, des malades, lecture et musique,
des pensées pour vous dans le froid, des coups de soleil, Biafine, des vers, des chèvres intéressantes (oui, je parle aux chèvres), des cailloux, des mosquées, des enfants, des vies tout
autour de nous, qui existent grâce au Niger.
Puis le retour. Dernière soirée. Pas la plus gaie. Derniers achats, et confitures, douanes, des italiens préssés et extrèmement polis, attente, dernier pas sur ce sol rouge, il fait encore chaud.
Décollage. Deuxième départ, je connais ce sentiment, il va me rester un peu, puis s'atténuer, mais les souvenirs resteront.
J'avais déjà vécu ce choc de deux mondes opposés, d'un côté le rêve,le soleil, l'amitié, le Mali et de l'autre la réalité, notre hiver, notre stress, notre tristesse, la France quoi...
J'ai gardé mon chagrin à l'intérieur et mis un sourire sur mon visage. Pour mieux consoler ceux pour qui c'était difficile de s'imaginer retourner à leur vie d'avant. Parce que oui, il y a un
avant-le-Mali et un après-le-Mali. Ce voyage, on en sort forcément grandi et changé. En tout cas, je suis heureuse d'avoir pu faire partie de ces deux voyages inoubliables (puisque je ne peux pas
employer le mot "unique"). Cette chance d'échanger trois ans de suite avec le même lycée, quelques élèves et quelques professeurs... Je me rends compte que ça fait maintenant deux ans que j'ai
rencontré Noël Saye et qu'à raison de deux semaines par an, nous avons passé un mois et demi ensemble ! Un échange assez incroyable, nous nous retrouvons à chaque fois comme si on ne s'était
jamais quitté. Ce fut le même bonheur pour moi de revoir ce pays, cette ville et ces lycéens que de les découvrir il y a deux ans. Et je sais que j'y retournerai un jour, et ça, ça aide à garder
le moral.
Merci d'avoir lu jusqu'au bout, j'me suis rattrapée de n'avoir pu vous raconter ce qu'on vivait en direct. Et j'avais cependant besoin de prendre du recul, et non d'écrire tant que "c'était
chaud". Je n'ai rien oublié de ces deux semaines, de ce mois de ma vie que j'ai eu la chance de passer à Bandiagara du haut de mes pas-encore 18 ans.
"Je ne vous oublie pas, non jamais, vous êtes au creux de moi, dans ma vie, dans tout ce que je fais... Mes premiers amours, mes premiers rêves sont venus
avec vous, c'est notre histoire à nous..."
Cécile.
